J’ai quatre enfants. Je sais que tu sais, mais j’aime bien le dire. Peut-être parce que je n’en reviens toujours pas moi-même, en tout cas pas parce que je risque de l’oublier, ne fût-ce que cinq minutes, confortablement planquée dans les toilettes – je voudrais bien pourtant, mais ils ne sont pas vraiment d’accord.

De la même manière que chaque enfant est différent, on est une mère différente pour chacun. Il y a dix ans, on ne parlait guère de portage en écharpe. Il y a six ans, on m’en a bien parlé, mais tout ce que je voulais, déjà, c’était cinq minutes consécutives sans hurlements, ce qui certains jours relevait du miracle. Je te rassure, il avait une sacrée bonne excuse pour ça, mais quand même, j’aurais payé cher pour qu’on m’en débarrasse sans laisser de traces avant de choper des acouphènes à vie.

Puis j’ai fait un voyage en Afrique. Où la Pili-Pili s’est incrustée en passagère clandestine, mais où, surtout, j’ai passé trois semaines à la rencontre des femmes et des bébés, Converse aux pieds, sac au dos, et appareil photo à la main.

Et ce fut la révélation. Là-bas, foin d’écharpes de portage ou de porte-bébés sophistiqués, un bout de drap, de tissu, de couverture, de tapis même, et un noeud rudimentaire,  tout fait l’affaire. C’est culturel, c’est comme ça, les bébés sont portés neuf mois devant (intra utero), et au moins autant derrière, c’est une évidence. Et les bébés sont calmes, bercés par la marche des mamans.

Révélation, déclic, il ne m’en fallait pas plus. Mon ventre s’arrondissant, j’ai acheté une écharpe de portage traditionnelle de marque allemande, parce que ce sont quand même les pionniers dans le domaine du bobio. Quelques entraînements devant le miroir, et très vite, les nœuds sont devenus automatiques. Mes voisins ont eu beau me demander si je comptais voter Cohn-Bendit, il leur fallait bien constater que mon bébé  jamais ne braillait et que moi toujours pas ne votais (j’ai pas le droit). Quant à moi, je vaquais à mes occupations de mère de famille nombreuse. Puis j’ai emmené ma Pili-Pili en randonnée en montagne, elle pesait juste le poids du sac à dos de bouffe, mais en plus chouette. Puis dans le métro parisien, pour être sûre de ne pas la perdre. L’été de ses deux ans, elle allait même chercher l’écharpe de portage comme un chien sa laisse, l’air de dire qu’il était grand temps d’aller se promener.

Bien évidemment, j’ai copieusement enquiquiné tout mon entourage pour les convaincre.  Je suis devenue la pasionaria du portage dans le quartier. Si les mamans sont souvent curieuses, les papas, eux, sont souvent un peu plus sceptiques. Mais, quand j’ai montré à la maman son premier noeud d’écharpe avec un vrai bébé dedans, le sien,  et que bébé s’endort sans un pleur, tout contre sa maman qui retrouve le sourire, je sais que j’ai marqué des points. Dans tous les camps.

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